V. Grady (PLR)
Question
Mi-février, la Ville de Fribourg a mis à l’enquête publique le projet "Voie verte". Cette liaison de mobilité douce reliant le passage du Cardinal aux Charmettes sur 600 mètres sera opérationnelle d’ici 2026, après une année de travaux environ.
Si ce projet attendu de longue date est une avancée bienvenue, son concept laisse perplexe. Derrière son nom évocateur, la "Voie verte" semble accorder une place prépondérante au béton, au détriment de la végétalisation. La page 12 du rapport et des plans illustratifs en est une preuve édifiante, laissant peu de place à l’imagination et à la créativité.
À titre de comparaison, des villes comme New York ou Paris ont su aménager des espaces, certes plus ambitieux, intégrant des sols perméables et un dallage favorisant la végétation. Ces tracés ne se contentent pas d’être fonctionnels, ils offrent un véritable voyage végétal, évoluant au fil des saisons et devenant des lieux de vie attractifs pour la population et les visiteurs.
Dès lors, plusieurs questions s’imposent:
Des spécialistes en horticulture ou en aménagement paysager ont-ils été associés au projet aux côtés de la société d’ingénierie Emch+Berger AG Bern? Si ce n’est pas le cas, pour quelles raisons?
Pourquoi avoir privilégié des revêtements en enrobé bitumineux plutôt que des surfaces perméables, plus adaptées à l’infiltration des eaux et à la régulation thermique?
La convention d’utilisation (point 6) prévoit une évacuation des eaux très standardisée. Pourquoi ne pas avoir intégré des solutions plus durables, comme une fosse de plantation à impluvium pour irriguer les arbres ou une noue paysagère le long du parcours afin de créer un chemin plus bucolique?
Toujours dans la convention d’utilisation (point 2.3), pourquoi ne pas séparer les flux entre piétons et cyclistes, en différenciant les tracés par des revêtements adaptés à chaque type de mobilité? Sion a opté pour cette solution lors de la revalorisation de la rue et du parc des Aubépines.
A Sion également, le tracé propose de légères ondulations. Pourquoi avoir choisi ici un chemin rectiligne?
Alors que la lutte contre les îlots de chaleur est une priorité, quels aménagements ont été prévus pour apporter des points de fraîcheur sur le parcours?
Ce point ne semblant pas être abordé dans le dossier, quelles mesures concrètes ont été prévues pour favoriser la biodiversité sur cette voie?
Au-delà de quelques arbres et d’une prairie fleurie, quels éléments concrets justifient l’appellation "Voie verte"?
Dans un contexte de transition écologique et d’adaptation aux défis climatiques, ce projet ne pourrait-il pas être adapté un tantinet, afin de mieux répondre aux enjeux actuels et aux attentes des usagers?
Réponse du Conseil communal
Des spécialistes en horticulture ou en aménagement paysager ont-ils été associés au projet aux côtés de la société d’ingénierie Emch+Berger AG Bern? Si ce n’est pas le cas, pour quelles raisons?
Oui, des architectes-paysagistes ont accompagné le projet depuis le début de son développement jusqu’à aujourd’hui.
Pourquoi avoir privilégié des revêtements en enrobé bitumineux plutôt que des surfaces perméables, plus adaptées à l’infiltration des eaux et à la régulation thermique?
L’entretien courant avec une balayeuse et l’entretien hivernal avec une déneigeuse ne sont pas possibles sur une surface perméable, tel qu’un gravier stabilisé comme on pourrait l’imaginer dans ce type de situation. La Voie verte nécessitant un entretien régulier, l’option de l’enrobé bitumineux a été privilégiée.
La convention d’utilisation (point 6) prévoit une évacuation des eaux très standardisée. Pourquoi ne pas avoir intégré des solutions plus durables, comme une fosse de plantation à impluvium pour irriguer les arbres ou une noue paysagère le long du parcours afin de créer un chemin plus bucolique?
Comme indiqué au point 6 de la Convention d’utilisation, sur une large partie de la Voie verte, les eaux pluviales sont infiltrées aux abords de la bande roulante. Dans certaines situations (proximité d’un ouvrage ou situation hors surface conventionnée), l’infiltration n’étant pas possible, un système standard de récolte des eaux a donc été privilégié.
Toujours dans la convention d’utilisation (point 2.3), pourquoi ne pas séparer les flux entre piétons et cyclistes, en différenciant les tracés par des revêtements adaptés à chaque type de mobilité? Sion a opté pour cette solution lors de la revalorisation de la rue et du parc des Aubépines
Dès le début de projet, le parti pris a été de créer un espace partagé sans différenciation d’usage. La largeur se partage entre tous les usagers, et ce dans les deux sens de circulation.
A Sion également, le tracé propose de légères ondulations. Pourquoi avoir choisi ici un chemin rectiligne?
Il faut rappeler que la Voie verte s’inscrit dans le projet Transagglo, qui relie Marly, Givisiez et Villars-sur-Glâne à Guin en passant par Fribourg. Dans ce contexte-là, il fallait créer un croisement des axes sur le périmètre de la gare de Fribourg. C’est ce volet qui est dénommé "Voie verte". Pratiquement toute la longueur de ce tronçon se situe sur une parcelle privée.
La charte de la Transagglo exige une largeur de voie de 4.5 mètres. La surface conventionnée avec les TPF, propriétaire de l’essentiel de la surface sur laquelle se trouve la future Voie verte, ne permet pas à la Ville de garantir une telle largeur sur l’entier du tronçon.
Le gabarit de l’axe, validé par l’Agglomération, est donc de 3.8 mètres. La configuration du site et la largeur disponible ne permettent pas d’ondulations du fait que les TPF poursuivent de leur côté d’autres projets le long de la Voie verte (surface non conventionnée).
Alors que la lutte contre les îlots de chaleur est une priorité, quels aménagements ont été prévus pour apporter des points de fraîcheur sur le parcours?
Comme expliqué précédemment, la largeur disponible pour cette Voie verte n’a malheureusement pas permis de créer des espaces ombragés de manière régulière. Seule la pointe côté Charmettes et un espace sur la parcelle 7036 du Registre foncier permettent la plantation de groupes d’arbres.
Ce point ne semblant pas être abordé dans le dossier, quelles mesures concrètes ont été prévues pour favoriser la biodiversité sur cette voie?
Les espaces résiduels non occupés pas la bande de roulement seront entretenus de manière extensive.
Au-delà de quelques arbres et d’une prairie fleurie, quels éléments concrets justifient l’appellation "Voie verte"?
Dans ce cadre, le terme Voie verte se justifie principalement par le fait qu’il s’agit d’une voie de communication autonome réservée aux déplacements non motorisés (modes doux), tels que les piétons et les vélos. En ça, cette voie participe à la transition écologique et au report modal.
Dans un contexte de transition écologique et d’adaptation aux défis climatiques, ce projet ne pourrait-il pas être adapté un tantinet, afin de mieux répondre aux enjeux actuels et aux attentes des usagers?
Le projet a été développé en liant les aspects écologiques aux contraintes liées à l’entretien, ainsi qu’à la sécurité des usagers.